Tilen Sepič et Luka Frelih au PIFcamp 2020: « Moins googliser, plus discuter »

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Au PIFcamp de cette année, l’artiste Tilen Sepič, basé à Ljubljana, travaille aux côtés de l’artiste Luka Frelih, également programmeur et directeur du Laboratoire d’Art et Science Ljudmila. Makery a surpris le duo sous la tente alors qu’ils développaient « Cosmic Rain », la nouvelle installation lumineuse et sonore de Sepič.

Une fois de plus (pour la 6ème fois déjà !) PIFcamp a rassemblé des makers, hackers, des mordus de technologie et des amoureux de la nature dans un endroit semi-éloigné de la haute vallée de Soča. Cette année, l’édition Covid-safe avec environ 35 participants a eu lieu en format restreint sur place, mais plus vaste en ligne, avec plusieurs présentations et ateliers live-streamés. La randonnée, cependant, a pu se dérouler en présence réelle. Le camp d’été des hackers et des makers a donc également eu lieu hors ligne !

Le coup d’envoi de cette édition, selon l’organisatrice principale du camp, Tina Dolinšek du Projekt Atol Institute, ressemblait à une réunion de famille. Les anciens visages du PIFcamp se mêlaient aux quelques nouveaux. La vallée vierge de Soča a accueilli des participants des pays voisins (Autriche, République tchèque, Allemagne) ainsi que des adeptes mondiaux en ligne.

Cosmic Rain, produit par Ljudmila, avec le soutien de konS – Plateforme pour l’art d’investigation contemporain, est le dernier projet en date de Tilen Sepič qui se concentre sur les particules invisibles mais omniprésentes : les muons.

Tente Makrolab de Marko Peljhan au PIFcamp. © Matjaž Rušt

Makery : Comment avez-vous commencé à vous intéresser aux rayons cosmiques ?

Tilen Sepič : J’ai été inspiré par le fait que les muons peuvent traverser tous les matériaux. En observant cet événement, on commence à s’interroger sur la division entre la matière dure et les autres. Selon certaines interprétations, les muons pourraient également affecter le bien-être d’une personne, et leur nombre augmente ces derniers temps. Mais ce n’est pas encore un fait avéré. L’intérêt vient aussi des occurrences qui sont généralement invisibles pour les gens. Avec cette installation, nous sommes capables de visualiser (ou de matérialiser) l’événement physique invisible qui nous entoure constamment, à l’aide de certains autres médias que nous pouvons percevoir avec nos sens. Deuxièmement, je me suis intéressé au rythme de la nature, au générateur aléatoire de la nature. L’installation n’a pas pour origine la façon dont un chef d’orchestre aborderait la question, mais ici je fais confiance au troisième élément, l’élément naturel. L’installation aura une structure métallique en forme de toile qui reliera les détecteurs. Avec ses cordes tendues, elle permettra une présentation électroacoustique. Elle sera présentée cet automne, et la première aura lieu en août au festival Is it working? à Lubjana.

Vous êtes tous deux des collaborateurs de longue date ayant travaillé ensemble à de nombreuses reprises. Comment ce projet a-t-il débuté ?

Luka Frelih : Tilen est venu avec cette idée. Il a déjà trouvé ce détecteur de muons. Au PIFCamp de l’année dernière, nous avons fait le premier proof of concept. Nous avons assemblé le premier détecteur et nous sommes heureux qu’il ait fonctionné ! (rires)

Tilen Sepič : Luka a montré de l’intérêt pour ce projet et a une formation universitaire en physique.

Luka Frelih : Plus tard, j’ai modifié le code source, puis nous avons utilisé un gros moteur à vibrations que nous avons enterré dans le sol. Les particules de muons déclenchaient des vibrations dans le sol. Cette année, nous fabriquons encore plus de détecteurs de muons que nous avons construits et soudés avec Staš Vrenko.

Détecteurs Muon construits au PIFcamp. © Katja Goljat
Cosmic Rain, une esquisse de l’installation. © Tilen Sepič

Dans votre travail, vous utilisez des technologies libres et gratuites, comme le détecteur de muons du MIT. Quelle est la place de ce détecteur dans Cosmic Rain ?

Tilen Sepič : Cet outil a permis l’accessibilité de cette technologie – les capteurs ont pu être fabriqués à faible coût. Les outils sont modulaires et les données sont accessibles, ce qui nous permet de recueillir des informations sur la densité et la force des muons. Les autres approches de détection des muons sont plus coûteuses et plus difficiles à manipuler, il est donc plus difficile de les intégrer. En fait, ces équipements n’existent pas en tant que propriété exclusive, et ne sont pas disponibles sur le marché pour le grand public.

Luka Frelih : En effet. Les détecteurs de muons sont principalement développés par des physiciens pour leurs projets. C’est également le cas ici. Dès le début, le projet MIT a rassemblé des physiciens des États-Unis et de Pologne, et ils l’ont partagé sur GitHub. Cela rend le projet accessible à d’autres également, afin que nous puissions avoir un aperçu des douches de muons qui nous tombent dessus. En moyenne, un muon par centimètre carré et par minute atteint le sol. Cette année, nous avons également visité l’Institut Jožef Stefan de Ljubljana et son département de physique, où ils ont travaillé sur des visualisations de muons, basées sur le principe de la chambre à étincelles et sur le détecteur de muons mentionné ci-dessus. Cela nous aidera dans la détection des muons et la visualisation, comme l’a mentionné Tilen.

« Que sont les rayons cosmiques ? Détecteur de muons du MIT Surveillance cosmique:

Tilen, la plupart de tes précédents travaux impliquaient la lumière. Est-ce la première fois que tu travailles avec de la matière invisible ?

Tilen Sepič : La matière invisible fonctionne ici comme une entrée. Comme dans certains de mes projets précédents, l’installation comprendra également de la lumière et du son. Cependant, auparavant, mon travail était déclenché par l’approche générative et non pas tant par des tiers.

Sur quoi travaillez-vous cette année au PIFcamp ?

Luka Frelih : Lors du PIFcamp de cette année, j’ai programmé un nouveau code pour l’installation, qui déclenche à l’unisson des lumières LED et un solénoïde. Tilen a conçu le design de l’installation, pour savoir à quoi elle ressemblerait dans la vie réelle.

Tilen Sepič : Oui. Tout d’abord, après de nombreuses expériences, j’ai envisagé l’installation comme une simple installation lumineuse. Mais après avoir appliqué une approche plus cinétique, je l’ai trouvée plus convaincante. J’ai réalisé qu’il était très important d’utiliser une approche plus physique pour visualiser les occurrences invisibles. De cette façon, le son est généré et n’est pas pré-enregistré. Tout cela donne plus de substance à l’installation.

Quel genre d’environnement le PIFcamp fournit-il pour vos recherches ?

Tilen Sepič : Le PIFcamp est inspirant car ici le ciel est clair et l’air est moins pollué (rires). C’est super aussi parce que je peux travailler avec Luka tous les jours. Nous avons moins de distractions et plus de nature ici que dans la vie de tous les jours, donc c’est moins stressant de travailler.

Luka Frelih : Nous n’organisons pas de réunions ici, comme c’est généralement le cas dans les productions. Ici, nous avons plus de temps, plus d’outils et un environnement encourageant qui vous permet d’expérimenter.

Tilen Sepič : Il y a beaucoup d’experts ici, en un seul lieu, issus de nombreuses disciplines. Il y a moins d’obstacles.

Luka Frelih : Il y a moins de recherches sur Google et plus de discussions avec les gens ici ! (rires)

Tilen Sepič : Au PIFcamp on ne trouve pas plus d’outils, mais il y a plus de masse intellectuelle réunie. Nous aimerions vraiment revenir l’année prochaine.

PIFcamp est organisé par Projekt Atol et Ljudmila, en coopération avec Kersnikova Institute. PIFcamp fait partie du Feral Labs Network, cofinancé par le programme Creative Europe de l’Union européenne.