Lancement de la Fondation Fab City à Tallinn en Estonie

S’institutionnaliser, c’est aussi expérimenter. Retour sur le lancement le 12 décembre de la Fondation Fab City et l’expérience e-Residency à Tallinn par Vincent Guimas de l’association Fab City Grand Paris.

Tallinn, correspondance Vincent Guimas

En 2014, Fab City Global Initiative dessinait une feuille de route pour que les villes du monde redéveloppent une capacité à devenir plus fabricantes et responsables de leur empreinte écologique. Quatre ans après, 28 villes et territoires ont rejoint le mouvement. Tout va très vite. Certains d’entre nous s’amusent à comparer le mouvement à un avion que nous construisons tout en le pilotant. Finalement une idée simple qui consiste à penser par le faire, à prototyper la ville avec tous ses acteurs.

2018 est l’année du passage à l’échelle. A Paris, le Fab City Summit rassemblait au mois de juillet plus de 1000 personnes de 80 pays pour explorer les potentiels de la Fab City durant dix jours. La présence des maires de Paris et Barcelone pour ouvrir le rendez-vous est le signe manifeste d’une prise de conscience collective au plus haut niveau. 2018 est aussi la sortie de notre livre Fab City et de la signature du manifeste.

Mercredi 12 décembre 2018, une vingtaine de membres du Fab City Collective (dont Francesco Cingolani et Vincent Guimas de Fab City Grand Paris, ndlr) s’est retrouvée dans le bâtiment de Mektory, au cœur du campus TalTech (Tallinn University of Technology) pour lancer la Fondation Fab City. L’idée est née il y a deux ans de trouver une forme capable d’accompagner la diversité des initiatives tout en garantissant les promesses énoncées à Barcelone en 2014, lors de FAB10.

Le Fab City Collective se retrouve à Tallinn © Vincent Guimas
Le lancement de la Fondation Fab City était accueilli à Mektory à Tallinn © Vincent Guimas

Le programme e-Resident à Tallinn

Quatre ans après le lancement officiel de la Fab City Global Initiative, l’idée de constituer une fondation en Estonie, pays balte de 1,3 millions d’habitants en pointe dans l’expérimentation des transitions numériques est rapidement devenue une évidence. L’institutionnalisation du projet à Tallinn est un passage à l’acte assumé. Nous expérimentons.

Beaucoup de choses se sont passées depuis 1991, année de proclamation de l’indépendance de l’Estonie, et 2004, année de son entrée dans l’Union Européenne. Aujourd’hui la nation balte se construit comme un laboratoire d’expérimentations numériques pour s’ouvrir au monde, différemment. Le 1er décembre 2014 son gouvernement lançait le projet e-Resident. Cette nationalité en ligne – accessible à tous où 99 % des services du pays se trouvent sur Internet – permet de retirer une ordonnance médicale, payer ses impôts, voter, correspondre avec les enseignants d’une école, créer une entreprise, etc. Le système blockchain estonien nommé X-Road permet ces transferts de données décentralisés et sécurisés. Les données de santé et les informations fiscales ne sont jamais détenues dans un seul et même endroit et les citoyens estoniens comme les e-citoyens ont la possibilité de chiffrer leurs données afin de les rendre invisibles auprès de certaines administrations.

Pour que cette proposition bénéficie à toute la société, un nouveau développement du programme e-Residency est en cours d’élaboration : les crypto-jetons estoniens en ICO (Initial Coin Offering). Une nouvelle méthode de financement et d’investissement dans les politiques publiques. Ce financement basé sur la cryptomonnaie et le crowdfunding permettra des levées de plusieurs millions sans passer par les marchés, tout en bénéficiant des vérifications du ministère de l’Intérieur, donc totalement sécurisé. Cette idée de fond capital-risque participatif via lequel des participants peuvent voter pour les projets qu’ils veulent soutenir est actuellement discutée avec la Fondation Ethereum, la banque centrale européenne ainsi que des ONG onusiennes.

Discussion sur les enjeux à venir de la nouvelle fondation. © Fab City
Vincent Guimas de l’association Fab City Grand Paris. © Fab City
Signature formelle des statuts de la fondation. © Fab City

Bientôt une Fab Chain

L’un des premiers chantiers de la Fab City Foundation sera l’accompagnement et le développement de la Fab Chain, une blockchain (chaîne de blocs) imaginée pour le monde de la fabrication en petite série, du designer à la PME, de l’artisanat à la fabrication distribuée. Un outil qui se dessine dans les mailles souples des différents projets du mouvement, comme DDMP (Distributed Design Market Platform), WikiFactory (Social Design and Production Platform) ou plus récemment « Reflow », un programme européen H2020 qui démarre. Concevoir, fabriquer, distribuer, redéfinir des équilibres subtiles qui constituent et déplient la valeur d’un produit, d’un service ou d’un commun. C’est derrière cet exercice de la blockchain que l’e-Residency et la Fab City Foundation se retrouvent à partager une intuition.

La Fondation se réunira officiellement au début de l’année prochaine pour définir des objectifs de travail. Les priorités à ce jour comprennent l’établissement de paramètres permettant de mesurer les progrès ; la construction de la colonne vertébrale technologique pour la production locale de nourriture, d’énergie et de matériaux ; et développer les outils nécessaires pour soutenir le développement local de stratégies.

En savoir plus sur la Fab City Foundation.

Article publié le 18 décembre 2018 sur Makery.info.

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