Echopen lance une sonde d’échographie open source

Connecté à une tablette ou un smartphone, le premier écho-stéthoscope open source était présenté jeudi 24 mars 2016 à l’Hôtel-Dieu à Paris. Ce prototype mis au point par le fablab Echopen pourrait transformer le diagnostic et démocratiser ce type d’instrumentation, grâce à la baisse des coûts.

Un précédent stimulant dans le monde du matériel ouvert à destination de la médecine. Echopen, fablab associatif dédié à l’Open Hardware médical hébergé à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu à Paris, a présenté jeudi 24 mars la première version de sa sonde d’échographie open source. Ce prototype d’écho-stéthoscope à destination des professionnels de santé innove, deux cents ans après l’invention du stéthoscope par René Laennec.

L’équipe de développement de l’écho-stéthoscope. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre

Faire tomber les coûts

Installé depuis six mois à l’Hôtel-Dieu grâce au soutien de l’APHP (l’Assistance publique des hôpitaux de Paris) et soutenu par la fondation Pierre Fabre, le fablab associatif Echopen est né d’une nécessité de concevoir un dispositif d’échographie à bas coût permettant d’accéder facilement à l’orientation diagnostique. En général, les équipements d’échographie sont chers et imposants.

« Pouvoir disposer d’un outil qui permette de diagnostiquer le tout venant de la pathologie médicale afin de pouvoir faire des orientations diagnostiques rapides serait une révolution », nous explique le coordinateur et cofondateur du projet, Nowami, que Makery est allé rencontrer avec le petit noyau des développeurs de l’écho-stéthoscope, en amont de la présentation publique. Les membres d’Echopen ont d’ailleurs souhaité ne pas donner leur identité pour « préserver le coté open source collectif ». Depuis un an, la communauté a rassemblé près de 200 personnes autour du projet, dont « une vingtaine très actifs », précise Nowami, des médecins, acousticiens, électroniciens, codeurs, radiologues…

L’écho-stéthoscope open source permettrait de gagner énormément de temps dans les services d’urgence bien sûr, mais ouvrirait également de nouvelles perspectives aux généralistes en cabinet, dans les déserts médicaux ou dans le cadre de missions humanitaires. « Cela nous permettrait de séparer rapidement les figures entre urgence vitale, examens complémentaires ou fausses alertes », explique Nowami. « Le nombre de patients accédant à l’examen échographique est largement insuffisant car cette ressource est volumineuse, coûteuse et d’usage largement réservé aux radiologues. Il existe des dispositifs ultra-portables, mais ils coûtent entre 8 000 et 15 000$, ce qui est encore prohibitif. »

Philips est sur le point de sortir un outil nommé Lumify, loué 199$ par mois. La différence, c’est que la sonde d’Echopen, « low-cost et connectable directement à un smartphone, coûterait au final moins de 200$ », dit Nowami.

«Nous voulons certes cracker la technologie, mais avant tout équiper la main du médecin. Il est urgent de libérer l’accès à ce type d’outils.»

Nowami, coordinateur de l’écho-stéthoscope open source

Nowami, coordinateur du projet, le 24 mars à l’Hôtel-Dieu. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre
Avant de parvenir à la version 1 du proto. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre
Le mécanisme oscillant de la sonde a été imprimé en 3D. © Echopen

Un prototype pour équiper les déserts médicaux

Le milieu humanitaire s’y intéresse de près également, explique Olivier, qui a une expérience de coordination scientifique dans le cadre de missions humanitaires en Asie du Sud-Est. « Au Cambodge par exemple, c’est très compliqué dans les zones sous-médicalisées d’avoir recours aux échographes. En obstétrique, cet outil serait vital. Au Maroc, un grand nombre de femmes n’ont pas accès au monitoring, le taux de mortalité est trop élevé. » Et puis, ajoute Nowami, « dans les cas d’anomalies obstétriques, de calculs rénaux, cela permettrait une meilleure efficacité de la prise en charge sanitaire ».

Benoît, qui a travaillé à simplifier les mécanismes de la sonde, la présente le 24 mars. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre
Barbara dessine en direct la présentation pour Echopen. © Barbara-Echopen
Le radiologue Pierre Bourier explique en quoi un écho-stéthoscope innove. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre

Un projet collaboratif

« La difficulté a consisté à initier une dynamique open source, explique Nowami. Il faut bien se rendre compte que les membres d’Echopen qui font de l’électronique ne pratiquent pas d’échographie tous les quatre matins ! » Le projet, complètement distribué, s’est ainsi réparti entre un pôle de coordination et d’impulsion « ici à l’Hôtel-Dieu », un pôle à l’ENS Cachan « pour la conception transducteur », « un pôle électronique analogique à l’Aforp, un centre de formation d’apprentis, et enfin un pôle sur le traitement du signal à Telecom Paris Tech ».

Deux rencontres ont été déterminantes, explique Nowami, celle de Luc, qui « avait déjà travaillé en 2009 à un dispositif d’échographie branché à un OLPC (One Laptop Per Child) » et celle de Pierre Bourier, un radiologue expérimenté de l’hôpital Saint-Louis qui avait beaucoup réfléchi à la miniaturisation de l’échographie. « Pierre a réalisé plus de 200 000 échographies dans sa vie et son idée était de parvenir à un outil ultra-portable pour ramener son usage au niveau du stéthoscope » raconte Nowami.

Démo live du proto, avec la main de Jérôme en membre témoin. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre
La main apparaît sur le smartphone. © Karine S. Bouvatier-Fondation Pierre Fabre

Après la présentation de la version 1 du proto, l’équipe d’Echopen a encore du travail de développement. Echopen a monté un wiki de documentation qui compte déjà plusieurs centaines de pages. « Mais nous avons véritablement besoin de le structurer car nous souhaitons que le projet se dissémine », dit Émilie qui a le nez dans la masse de documents en ligne.

Un des grands chantiers reste la dimension légale. « Il y a encore beaucoup de démarches à faire pour que le dispositif soit agréé », précise Émilie. « Il faut aussi que les personnes soient formées. En ce sens, la formation devra probablement faire partie du kit. »

Un fork pour la communauté des makers

Echopen a d’autres projets en stock, comme Murgen, « un fork de la sonde Echopen, un kit de développement Open Hardware pour l’imagerie par ultra-sons », dit Luc lors de la présentation du prototype à l’Hôtel Dieu. « Un kit pour makers, fablabs, académiques et bidouilleurs qui a été créé de manière délocalisée, avec des gens en France et ailleurs. Mais c’est surtout l’esprit de partage et le temps consacré qui a rendu les choses possibles ! »

Echopen organise d’ailleurs tous les vendredis soirs des meet-ups de la communauté dans son lab de l’Hôtel-Dieu, où on discute « sécurité des systèmes d’information en santé, licences libres, automatisation de l’assistance, repérage anatomique ». Mais aussi libération du matériel en santé. Et Nowami de conclure : « Le cœur de la technologie scanner repose sur la formule de projection posée en 1917 par le mathématicien allemand Johann Radon et la formalisation de la première machine scanner à la fin des années 1960 par Cormack et Hounsfield, ce qui leur vaudra le Nobel de médecine. Tout cela date. Il n’y a plus de raison que cela coûte aussi cher aujourd’hui. Du rayon X standard à l’IRM, il existe tout un monde technologique qui peut être décortiqué, hacké, reconstruit et libéré ! »

Le site d’Echopen

Article publié le 29 mars 2016 sur Makery

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